Alexandria Real Estate (ARE) : Dividende coupé de 45% ! Opportunité historique ou piège ?
La bombe est tombée début décembre 2025. Alexandria Real Estate Equities, le leader incontesté des foncières life science aux États-Unis, annonce une réduction de son dividende de 45%. Le titre dévisse de plus de 15% dans la foulée. Panique générale ou opportunité d’une décennie ?
J’ai épluché la conférence call investisseurs dans ses moindres détails pour vous livrer mon analyse complète. J’ai d’ailleurs réalisé une vidéo dédiée à ce sujet pour ceux qui veulent voir les slides et mes commentaires en direct.
Spoiler : je dors très bien la nuit avec cette position en portefeuille. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi.
Le contexte : quatre tempêtes simultanées
Alexandria s’est imposée comme l’inventeur et le leader dominant du secteur life science. Ce n’est pas rien. On parle de 26 méga campus, 27,8 millions de pieds carrés en exploitation, le portefeuille le plus vaste du secteur. Et surtout, 50% des approbations FDA sur les 10 dernières années proviennent des locataires d’Alexandria.
Sauf que voilà, 2025 marque la cinquième année consécutive de marché baissier dans le secteur biotechnologique. Et pour couronner le tout, les quatre piliers fondamentaux de l’industrie sont simultanément sous pression.
Premier pilier, la recherche fondamentale avec des menaces de plafonnement des coûts NIH. Deuxième pilier, le marché des capitaux venture qui touche ses plus bas depuis 10 ans et une fenêtre IPO complètement fermée. Troisième pilier, l’environnement réglementaire FDA qui est catastrophique avec un turnover de leadership supérieur à 50% et des délais d’approbation multipliés par trois. Quatrième pilier, la pression continue sur les prix des médicaments.
On ne peut pas faire pire. Et c’est précisément ce qui me rassure pour la suite.
La coupe du dividende : une décision que j’approuve
Le dividende passe de 1,32 dollar à 0,72 dollar par action. Une baisse de 45%, payable le 15 janvier 2026. J’avais anticipé environ 30%, donc c’est plus sévère que prévu.
Mais voilà mon point de vue, et il va peut-être vous surprendre : ça m’arrange.
Pourquoi ? Parce qu’un dividende à 10% sur une foncière en difficulté, c’est du délire. On revient à environ 5%, ce qui reste très correct. Et surtout, cette décision génère 410 millions de dollars de capital supplémentaire pour le désendettement et les besoins de financement.
Les foncières qui s’écroulent, c’est parce qu’elles sont trop endettées. Point final. Alexandria fait le choix de la prudence. Je trouve que l’allocation du capital par le management est probablement meilleure que ce que vous ou moi ferions avec ce cash. Ils connaissent leur métier depuis plus de 30 ans.
Les décisions stratégiques qui font sens
Trois annonces majeures accompagnent cette coupe du dividende.
Sortie du Canada. J’approuve à 110%. Une foncière diversifiée géographiquement sur des marchés qu’elle ne maîtrise pas, c’est la recette du désastre. Quand on ne maîtrise pas quelque chose, on perd de l’argent. Systématiquement. Alexandria se recentre sur ce qu’elle fait de mieux : les méga campus américains de classe A.
Programme de cessions de 2,9 milliards de dollars. C’est massif. Environ 55% des actifs ciblés sont déjà identifiés ou en processus avancé. Les acquéreurs sont principalement des utilisateurs propriétaires comme Novartis, Moderna ou Pfizer qui achètent leurs propres locaux. C’est plutôt bon signe sur la qualité des actifs.
Concentration sur le portefeuille core. L’objectif est d’atteindre 90 à 95% des revenus provenant des méga campus stratégiques. Le non-core doit passer de 20% à une fourchette de 11-16%.
Pourquoi les méga campus sont l’avantage compétitif
Certains m’ont demandé si miser sur une seule stratégie valait le coup. Ma réponse est simple : ces gens travaillent dans ce secteur depuis plus de 30 ans. S’ils prennent ce virage, c’est qu’il y a une raison.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Croissance des loyers entre 2023 et 2025 : +9% sur les méga campus contre quasiment rien sur les actifs standards. Durée moyenne des baux : 11 ans en ferme contre deux fois moins sur le marché classique. Qualité des locataires : 88% investment grade. Taux d’occupation supérieur et stabilité des revenus bien plus élevée.
Quand vous êtes le seul à proposer cette classe d’actifs de qualité, vous pouvez justifier vos prix. Quand vous signez des baux de 11 ans, vous avez de la visibilité. Quand vos locataires sont des géants pharmaceutiques, vous dormez tranquille.
Par contre, attention. Un méga campus vide, ça ne se reconvertit pas en résidence étudiante. Le risque existe.
La solidité financière : le point crucial
C’est ici que je veux vous rassurer. Alexandria dispose de 5 milliards de dollars de liquidités avec des échéances de dette couvertes jusqu’en 2030. La maturité moyenne de la dette est de presque 12 ans, soit deux fois plus que la moyenne du secteur.
Seulement 7% d’échéances d’ici 2027. Et 38% de la dette arrive à maturité entre 2031 et 2035. On a de la visibilité. Dans un environnement où le marché peut rester chaotique plusieurs années, cette structure de bilan est rassurante.
Sans cette solidité, le cours aurait dévissé bien plus que 15%.
Mise à jour janvier 2026 : les nouveaux éléments
Depuis ma vidéo de décembre 2025, plusieurs développements méritent votre attention.
Class action en cours. Plusieurs cabinets d’avocats américains ont lancé des poursuites contre Alexandria pour potentielles déclarations trompeuses concernant notamment le projet de Long Island City. La date limite pour se porter lead plaintiff est le 26 janvier 2026. C’est un risque à surveiller, même si ce type de procédure est courant aux États-Unis après une forte baisse du cours.
Prochaine publication. Les résultats du Q4 2025 sont attendus pour le 26 janvier 2026. Ce sera un moment clé pour évaluer l’exécution du plan de cessions et l’évolution du taux d’occupation.
Valorisation actuelle. Le titre cote autour de 48-49 dollars. Le consensus analystes reste à “Buy” avec un objectif moyen de 58 à 63 dollars, soit un potentiel de hausse de 20 à 28%. Le price-to-FFO est tombé à environ 5 fois. Je n’ai jamais vu ça sur cette foncière. C’est historiquement très peu cher.
Les points de vigilance absolus
Je ne suis pas naïf. Plusieurs risques doivent être surveillés de près.
Le taux d’occupation. On anticipe 88,5% fin 2026. En dessous de 90%, c’est un signal d’alerte. C’est mon principal point de vigilance pour les prochains trimestres. Les méga campus, quand ça se vide, c’est 500 000 pieds carrés d’un coup. Ça fait mal.
Les expirations de baux 2026. Des échéances importantes arrivent. Il faut absolument relouer ces actifs. Dans un marché qui offre peu de visibilité, ce n’est pas gagné.
La concurrence chinoise. Désormais, un tiers des molécules licenciées par les pharmas proviennent de Chine. Il y a 10 ans, c’était zéro. La transformation est spectaculaire.
Les FFO en baisse. Les prévisions 2026 tablent sur 6,25 à 6,55 dollars par action, point médian à 6,40 dollars. C’est en recul par rapport à 2025.
L’horizon de normalisation
Soyons clairs sur le timing. Pour les marchés core premium, Alexandria anticipe une normalisation en 2 à 3 ans. Pour le marché global, comptez 4 à 5 ans pour absorber l’offre excédentaire et restaurer l’équilibre.
C’est long. Je sais. Ceux qui pensaient faire une entrée-sortie en 6 mois vont être déçus. Les 5-6 dernières années, beaucoup n’ont connu que des marchés haussiers. Bienvenue dans la réalité.
Moi j’ai un horizon d’investissement de 25 ans. Je préfère qu’Alexandria corrige maintenant plutôt que de prendre -60% dans 20 ans.
Ma conclusion : pourquoi je garde
Une foncière à 5 fois le price-to-FFO avec un avantage compétitif durable, un bilan triple B+ solide, une liquidité de 5 milliards et un management qui n’a pas peur de prendre des décisions difficiles… je ne vois pas d’équivalent sur le marché.
Par contre, il faut être capable de tenir cette position pendant 2-3-4 ans avec un rendement d’environ 5%. Si vous cherchez du court terme, passez votre chemin. Si vous investissez sur du long terme comme en immobilier physique, c’est une autre histoire.
Les catalyseurs de reprise sont identifiés : stabilisation FDA, baisse des taux, réouverture du marché IPO, clarification des politiques de prix des médicaments. Ça viendra. La question est quand.
En attendant, je dors très bien la nuit.
Pour aller plus loin
Pour ceux qui veulent approfondir l’analyse des foncières cotées, j’ai réalisé plusieurs vidéos complémentaires sur ma chaîne Bourse 123 notamment sur les 12 REITs à acheter ou éviter en 2025, le piège des valorisations sur les foncières et mon analyse de portefeuille REITs.
Pour suivre les foncières cotées et analyser leurs fondamentaux en détail, j’utilise ALREITS. C’est pour moi le meilleur outil du marché pour étudier les REITs. Le code IMM15OFF vous donne 15% de réduction, ce qui revient à environ 4-5 euros par mois. Pour un mois d’essai avant d’investir, ça vaut le coup.
N’hésitez pas à me dire en commentaire si vous êtes actionnaire d’Alexandria et comment vous vivez cette période.
À très vite pour la prochaine analyse.

